mon père, ce héros

C’est vrai que j’aurais pu en parler hier… Hier soir j’ai réalisé à quel point je l’aime. Hier soir j’ai réalisé qu’il aurait été hyper fier de savoir qu’on parlait de moi dans un journal (le Biba du mois de juillet qui est déjà en kiosque), mais il ne connait pas l’existence de ce blog. Hier soir j’ai réalisé que je ne vous avais jamais parlé de lui et pourtant je lui dois beaucoup.

De mon plus lointain souvenir à aujourd’hui, cet homme reste pour moi l’un des plus précieux que je connaisse. De sa jeunesse toulonnaise, son arrivée en région parisienne pour faire une école de cinéma, Mai 68, sa rencontre avec ma mère, ma naissance et leur mariage (elle enceinte de moi), je ne sais pas grand chose. Tout juste ses parents arrivés d’Italie avant sa naissance, ma grand-mère enceinte de lui fuyant les bombardements dans le Haut-Var, son éducation religieuse chez les maristes de Toulon.

Des photos de lui petit, j’en ai vu un paquet. Pas de doute, je suis bel et bien sa fille. Même regard, même bouche … jusqu’aux cernes, nos visages se ressemblent, même démarche, même allure, juste la taille qui diffère, lui est très grand.

Elégant en toutes circonstances, même pour aller à une manif ou couper du bois à la campagne, il m’a donnée ce goût immodéré des belles choses. Le côté blagueuse mode vient à coup sûr de lui ! Le côté intello aussi, les grandes angoisses existentielles, le souci de la perfection, la timidité (mais j’me soigne), je lui dois tout ça.

De mon enfance avec lui, je garde le souvenir d’un papa peu présent, partagé entre son travail dans la presse et son militantisme. Des réunions de cellule à la maison le soir après le boulot, au stand à la fête de l’huma tous les ans, en passant par les manifs, la vente de l’Humanité dimanche et de Pif Gadget en porte à porte, lui ont valu son surnom de Bob le Rouge. Même à 68 ans, il continue de battre le pavé et à être de toutes les luttes. J’aime ça, même si pour le coup je ne le suis pas.

Des souvenirs avec lui, je conserve sans hésiter tous nos fabuleux week-end ensemble une semaine sur deux (divorce oblige) entre jardin d’acclimatation à Neuilly et campagne percheronne, nos vacances estivales sur des îles grecques tous les étés avec sa bande de copains et leurs enfants, les Noël un an sur deux dans le Var chez ses parents, nos passions communes pour la piscine et la brasse dans la Méditerranée, notre addiction aux pâtes faites par ma grand-mère et mon arrière grand-mère (ritales jusqu’au bout) et notre goût immodéré des vins de Bandol. Oui je sais on est loin des ouvriers, de l’usine, des 3X8 et du kolkhoze et bien plus gauche caviar.

Je garde gravée en moi son sourire quand il a découvert ma robe de mariée et m’a accompagnée dans l’église pour mon mariage avec Brad. Je me souviens avec émotion de ses larmes de joie à la naissance de mon premier enfant, après des années de galère pour l’avoir. Je souris encore de son côté maladroit à la maternité en portant mon bébé dans ses bras comme s’il portait des bûches pour aller faire un feu de cheminée.

Et forcément en fille unique à son papa, j’avais toujours imaginé mon père comme un être asexué, pas une bombe atomique qui plait, drague et couche avec des filles qui parfois avaient mon âge. J’avais même été surprise lorsque ma meilleure amie m’avait dit il y a vingt ans « mais tu sais ton père il est beau et séduisant ». J’avoue que je m’étais pas posée la question sous cet angle là. Une fois que je l’ai su, je l’ai digéré difficilement, et mis dans un coin de ma tête et j’ai continué à faire semblant de ne pas savoir.

Mon père je le comprends sans lui parler, je le regarde et je sais ce qu’il pense, c’est juste énorme. Je ne peux pas me passer de le voir, mais quand je le vois, je n’ai rien à lui dire et lui non plus. J’aime pas qu’il soit malheureux, je ne supporte pas l’idée qu’il puisse disparaître, je l’aime. Une vraie histoire nous deux. Et pour la vie.

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14 réflexions sur “mon père, ce héros

      • Zurg_ dit :

        C’est un sujet sensible 🙂
        Après en avoir parlé avec toi, j’ai commis l’erreur de calculer l’age que j’aurais si un jour minimoi écrivait un texte semblable au même age que toi ^^
        Pour le reste, tu me diras ce que tu auras décidé

        J'aime

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