L’exercice de l’Etat, un goût amer du pouvoir


Je suis allée voir l’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller par curiosité. Il fait partie de ces films étranges dont on sort bouleversé(e). L’exercice de l’Etat tourne le dos à ce qui fait le quotidien de notre représentation du pouvoir, l’opposition gauche/droite, les lutte de partis pour s’attacher à un Ministre et son Cabinet dans l’exercice du pouvoir.

Un scénario somme toute banal : un ministre des Transports, Bertrand Saint-Jean, réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas d’autre choix que d’y aller. Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’État dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique… Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre. À quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils ? L’État dévore ceux qui le servent.

Le film décrit avec froideur et cynisme le milieu des cabinets ministériels, les luttes d’influences et le rôle des conseillers. Rythme soutenu, séquences filmées à l’américaine, SMS reçus qui s’affichent à l’écran, musique expérimentale, L’exercice de l’Etat livre une vision suffocante de toutes ces tensions auxquels sont voués les grands serviteurs de l’Etat. On en viendrait presque à le plaindre ce Ministre des Transports qui doit privatiser les gares, allant à l’encontre de ses propres convictions sociales, centriste dans un gouvernement de droite, cet homme aux rêves libidineux, cet homme qui dégueule ses tripes et a fait abnégation de sa vie au service de l’Etat.

Les acteurs excellent : de Zabou Breitman, brillante en conseillère en communication, à Olivier Gourmet dans le rôle du Ministre des Transports ou Michel Blanc extraordinaire en Directeur de Cabinet et Laurent Stocker en conseiller, tous jouent à merveille.

Comme un documentaire sur le monde impitoyable de la politique, le film est en tension permanente entre la soif de pouvoir du Ministre face aux médias et de son Directeur de Cabinet dans l’ombre dorée des cabinets ministériels. Une comédie politico-tragique envoûtante filmée comme un thriller haletant de bout en bout.

Un film de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker (France, 1h52, 2011).

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